Entre une centrale et votre prise, l’électricité passe de main en main. En Belgique, le marché de l’énergie est libéralisé : produire, transporter, distribuer et vendre l’électricité sont des métiers séparés, confiés à des acteurs différents, sous le contrôle de régulateurs fédéraux et régionaux.
Le nucléairePendant des décennies, près de la moitié de notre électricité est venue de deux sites : Doel, près d'Anvers, et Tihange, près de Huy. Sept réacteurs. Le principe tient en une phrase : la chaleur de l'uranium fait bouillir de l'eau, la vapeur fait tourner une turbine, la turbine fait tourner un alternateur. Aujourd'hui, il n'en tourne plus que deux, prolongés jusqu'en 2035.
Le gazQuand la production éolienne et solaire baisse ou que la demande augmente, les centrales au gaz peuvent contribuer à équilibrer le réseau. Dans une centrale à cycle combiné, la combustion du gaz entraîne une première turbine. La chaleur des gaz d’échappement sert ensuite à produire de la vapeur, qui fait tourner une seconde turbine.
Ces centrales sont pilotables, mais leur vitesse de démarrage dépend de leur technologie. La Belgique ne produit plus d’électricité à partir du charbon depuis la fermeture de sa dernière grande centrale, en 2016.
Le gaz naturel, lui, est entièrement importé : par gazoducs, ou par navires méthaniers au terminal de Zeebruges. Son transport à travers le pays est assuré par Fluxys.
Le ventÀ plus de 20 kilomètres des côtes, des éoliennes tournent en mer du Nord. Le vent fait tourner leurs pales, qui entraînent un générateur. Quand il souffle fort, la puissance cumulée des éoliennes en mer peut rivaliser avec celle de deux réacteurs nucléaires. À terre, d’autres éoliennes se dressent le long des autoroutes, dans les ports et dans les champs. Quand le vent tombe, leur production diminue.
Le soleilSur les toits des maisons et des bâtiments, ainsi que dans les parcs solaires, les panneaux photovoltaïques transforment directement la lumière en électricité. Leur production est généralement plus forte en journée et en été ; elle baisse lorsque le ciel est couvert et s’arrête la nuit. En 2025, le solaire photovoltaïque a fourni environ 15 % de l’électricité produite en Belgique.
L'hydrauliqueLa Belgique dispose de peu de grands barrages, mais la centrale de Coo peut stocker de l’électricité. Quand l’électricité est abondante, elle pompe l’eau vers un bassin situé en hauteur. Quand le réseau en a besoin, l’eau redescend et entraîne des turbines : la centrale peut alors fournir jusqu’à environ 1 090 mégawatts. Coo ne crée donc pas d’énergie : elle la stocke pour la restituer plus tard. Sur la Meuse, quelques petites centrales au fil de l’eau produisent aussi de l’électricité.
La biomasseLes centrales à biomasse brûlent de la matière organique — par exemple du bois ou des résidus agricoles — pour produire de la chaleur et, parfois, de l’électricité. Dans les fermes, des digesteurs transforment le lisier et d’autres déchets organiques en biogaz, qui peut ensuite être brûlé.
La biomasse est considérée comme renouvelable si elle provient de ressources gérées durablement et si son utilisation ne les épuise pas.
Les déchetsVos déchets non recyclables peuvent aussi produire de l’électricité. À Bruxelles, Herstal ou Anvers, ils sont incinérés dans des installations qui récupèrent la chaleur de la combustion. Celle-ci transforme de l’eau en vapeur, qui fait tourner une turbine reliée à un alternateur. Certaines installations fournissent aussi de la chaleur aux bâtiments voisins. Le courant produit rejoint le réseau : il peut contribuer à alimenter les rues, les maisons et les entreprises.
La géothermieÀ Mol, en Campine, des forages descendent à environ 3,5 kilomètres pour capter de l’eau chaude, à près de 125 °C. En Belgique, la géothermie profonde sert surtout à produire de la chaleur. La production d’électricité est étudiée, mais elle n’est pas encore utilisée à grande échelle.
Les frontièresLe réseau belge est relié à la France, aux Pays-Bas, à l’Allemagne, au Luxembourg et, par un câble sous-marin, au Royaume-Uni. L’électricité circule dans les deux sens : la Belgique en importe lorsqu’elle en a besoin et en exporte lorsqu’elle en produit davantage. En 2025, elle a importé plus d’électricité qu’elle n’en a exporté. Ces échanges complètent la production belge, mais ils ne constituent pas une source d’électricité produite en Belgique.
Le réseauTout cela se rejoint dans un même réseau. Vu d’en haut, il ressemble à un système routier. Les lignes à 380 000 et 220 000 volts en sont les autoroutes : elles traversent le pays et relient les grands points du réseau. C’est Elia, le gestionnaire du réseau de transport, qui les exploite. 380 kV220 kV
Depuis ces grandes lignes, d’autres lignes à 150 000 et 70 000 volts acheminent l’électricité vers les différentes régions. Dans notre image routière, elles ressemblent aux nationales. Plus près des habitations, le réseau passe à la moyenne tension, puis à la basse tension — 230 volts dans nos prises. Une partie de ces lignes passe sous terre : suivons-les jusqu’à la prise. 380 kV220 kV150 kV70 kV
De la ligne à la prise
Le posteSur la ligne, le courant voyage à 380 000 volts. Pourquoi si haut ? Parce qu'à puissance égale, plus la tension est élevée, plus le courant est faible, et moins les câbles chauffent en route. Mais aucune maison ne supporterait ça. Alors, dans un poste, d'énormes transformateurs font descendre une première marche : de 380 000 à 150 000 volts.
Le poste de répartitionLe courant quitte ensuite les grandes lignes. Dans un poste de répartition, un transformateur le fait descendre d'une deuxième marche, jusqu'à environ 15 000 volts : la moyenne tension. Là, les gestionnaires de distribution prennent le relais : Fluvius en Flandre, ORES et Resa en Wallonie, Sibelga à Bruxelles. Et le câble passe sous terre.
La cabineLa suite passe sous vos pieds. Des câbles enterrés mènent le courant jusqu'à une cabine de quartier : un petit bâtiment gris au coin d'une rue, que vous ne remarquez sans doute plus. À l'intérieur, un dernier transformateur fait descendre la dernière marche, de 15 000 à 230 volts : la basse tension. C'est lui qui alimente votre rue, et quelques rues autour.
Le compteurLe câble entre chez vous, souvent par la cave. Premier arrêt : le compteur. Il ne mesure pas le courant, mais l'énergie consommée, en kilowattheures. Un kilowattheure, c'est une bouilloire allumée pendant une demi-heure. Ou une ampoule LED de 5 watts pendant huit jours.
Le tableauPuis le tableau électrique. Chaque disjoncteur protège un circuit : la cuisine, les chambres, le lave-linge. En cas de surcharge ou de court-circuit, il coupe le courant. Les différentiels, eux, détectent les fuites de courant. Certains circuits sont protégés par un différentiel de 30 milliampères : si une fuite atteint ce seuil, il coupe rapidement le courant. C’est une protection supplémentaire contre l’électrocution.
La priseEnfin, la prise. Deux trous et, chez nous, une broche qui dépasse : la terre. Entre les deux trous, 230 volts. Tout ce voyage, du pylône au mur, pour que votre bouilloire chauffe.
Dans l'appareil
La chaleurBranchez la bouilloire. Sous la cuve, le courant traverse une résistance qui chauffe. Cette chaleur passe à l’eau et la porte à ébullition : avec une bouilloire de 2 000 watts, il faut environ trois minutes pour chauffer un litre d’eau. Le grille-pain, le radiateur électrique et le fer à repasser utilisent le même principe : le courant produit de la chaleur en traversant une résistance.
La lumièreAvant, les ampoules éclairaient en chauffant un fil jusqu’à le rendre lumineux. Elles perdaient beaucoup d’énergie en chaleur. Les LED, elles, produisent de la lumière avec beaucoup moins d’électricité : une LED de 5 watts peut éclairer autant qu’une ancienne ampoule de 40 watts.
Le mouvementDans un ventilateur, un lave-linge ou un aspirateur, le courant fait tourner un moteur. À l’intérieur, des forces magnétiques mettent un axe en mouvement. C’est l’éolienne du début à l’envers : là-bas, le mouvement produit du courant ; ici, le courant produit du mouvement.
Le kilowattheureChaleur, lumière, mouvement : le compteur, lui, ne fait pas la différence. Il additionne tout, chaque watt, chaque seconde. Un ménage belge consomme en moyenne environ 3 500 kilowattheures par an. Un peu moins de dix par jour.
Le fournisseurLe compteur appartient au réseau, mais le kilowattheure, vous l’achetez à un fournisseur. Engie, Luminus, TotalEnergies, Eneco, Mega et d’autres se font concurrence : c’est vous qui choisissez. Le contrat peut être à prix fixe, variable, ou dynamique, suivant le prix du marché heure par heure. Changer de fournisseur ne change rien aux câbles : c’est le même réseau, le même compteur.
Les arbitresPour que chacun joue le jeu, des régulateurs veillent sur toute la chaîne. Au niveau fédéral, la CREG contrôle les tarifs du transport et surveille le marché. Dans les Régions, la CWaPE en Wallonie, BRUGEL à Bruxelles et le VREG en Flandre encadrent la distribution et protègent les consommateurs.
La factureVotre facture rassemble tout ce parcours, en trois parts. Le coût de l’énergie, environ 40 à 50 % : le prix du kilowattheure fixé par votre fournisseur. Les coûts de réseau, environ 30 à 40 % : le transport par Elia et la distribution par votre GRD. Les taxes et surcharges, environ 15 à 20 % : TVA, accises fédérales, redevances régionales. Au total, de l’ordre de 30 à 40 centimes le kilowattheure. Votre bouilloire, trois minutes par jour : 36,5 kWh par an, environ 13 euros. ÉnergieRéseauTaxes